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Assurance Freelance

Assurance freelance et sous-traitance

Assurance freelance et sous-traitance

Photo de Charlotte Renaud

Un article de Charlotte Renaud, mis à jour le 1 novembre 2026

De plus en plus d’indépendants font appel à d’autres freelances. Le but : tenir un délai serré, ou compléter une compétence qui leur manque. Cette pratique est courante et parfaitement légale. Elle pose pourtant une question simple, souvent oubliée : en cas de problème sur la mission, qui est responsable devant le client ? Le freelance qui a signé le contrat, ou le sous-traitant qui a exécuté une partie du travail ? Cet article explique le principe de responsabilité en cascade entre donneur d’ordre et sous-traitant. Il détaille aussi comment vérifier l’assurance d’un sous-traitant avant de lui confier une mission, et ce qu’il faut intégrer dans son propre contrat de responsabilité civile professionnelle (RC pro).

À retenir

– Un freelance qui sous-traite tout ou partie d’une mission reste

responsable envers son client, même pour la part réalisée par le

sous-traitant.

– Il n’existe pas de lien contractuel direct entre le sous-traitant et le

client final : c’est le freelance donneur d’ordre qui répond de

l’ensemble de la prestation.

– Vérifier l’attestation d’assurance RC pro du sous-traitant avant le début

de la mission limite fortement le risque financier en cas de sinistre.

– Un contrat RC pro classique ne couvre pas automatiquement les fautes

commises par un sous-traitant : ce point doit être vérifié avec son

assureur.

Sous-traitance en freelance : de quoi parle-t-on ?

La sous-traitance est le fait, pour un freelance, de confier une partie d’une mission à un autre indépendant. Le client a signé le contrat avec le premier freelance uniquement. Le sous-traitant n’a, lui, aucun lien contractuel direct avec ce client final. On parle alors de donneur d’ordre pour le freelance qui sous-traite, et de sous-traitant pour celui qui exécute la mission confiée.

Ce schéma se distingue de la co-traitance. Dans la co-traitance, deux prestataires signent chacun un contrat directement avec le client. Les responsabilités et les liens contractuels sont alors différents de ceux décrits dans cet article, centré sur la sous-traitance. Celle-ci peut être ponctuelle, pour un seul projet, ou plus récurrente. C’est le cas quand un freelance travaille régulièrement avec le même partenaire pour absorber des pics d’activité.

La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance encadre les rapports entre entrepreneur principal et sous-traitant. Elle vise surtout le secteur du bâtiment et des travaux publics, avec des obligations comme l’acceptation du sous-traitant par le maître d’ouvrage. Pour les prestations intellectuelles ou de services entre indépendants, hors de ce champ, c’est avant tout le droit commun des contrats qui s’applique. La section suivante détaille ce mécanisme.

La responsabilité en cascade entre donneur d’ordre et sous-traitant

La responsabilité en cascade est le mécanisme par lequel un freelance qui sous-traite reste seul responsable devant son client. Cela vaut pour l’ensemble de la prestation, y compris la part réalisée par le sous-traitant. Le client peut donc se retourner contre le donneur d’ordre en cas de problème, même si l’origine du défaut vient du sous-traitant.

Ce principe découle de l’effet relatif des contrats. Un contrat ne produit d’effet qu’entre les parties qui l’ont signé. Le client n’a signé qu’avec le freelance donneur d’ordre. Il n’a donc, en principe, aucune action directe contre le sous-traitant sur la base de ce contrat. C’est ce que pose l’article 1199 du Code civil, relatif à l’effet relatif des contrats.

En pratique, le freelance donneur d’ordre doit d’abord répondre lui-même envers son client. Il peut ensuite, le cas échéant, se retourner contre son sous-traitant, sur la base du contrat qui les lie tous les deux. Comprendre ce mécanisme est la première étape pour bien s’assurer. Voir notre article sur la responsabilité civile professionnelle pour les bases de cette garantie.

Point de vigilance [UNIQUE INSIGHT] : ce mécanisme joue même quand le sous-traitant a

lui-même une assurance valide. Une assurance du sous-traitant protège le

donneur d’ordre dans sa démarche de recours après coup, mais ne

l’exonère pas de sa propre responsabilité initiale envers le client.

C’est une nuance souvent mal comprise entre freelances : être assuré ne

transfère pas la responsabilité, cela facilite seulement l’indemnisation

une fois la responsabilité établie.

Vérifier l’assurance RC pro d’un sous-traitant avant de le missionner

Le freelance donneur d’ordre reste responsable envers son client. Il a donc intérêt à s’assurer que son sous-traitant dispose lui-même d’une assurance RC pro valide. Cette vérification doit avoir lieu avant le début de la mission, jamais après un incident.

Concrètement, il est recommandé de demander l’attestation d’assurance du sous-traitant et de vérifier ces éléments :

Élément à vérifierPourquoi
Identité de l’assuréLe nom sur l’attestation doit correspondre exactement au sous-traitant missionné
Activités couvertesLa prestation confiée doit entrer dans le champ déclaré à l’assureur
Période de validitéL’attestation doit couvrir toute la durée de la mission, prolongations comprises
Plafonds de garantieIls doivent être cohérents avec l’enjeu financier du projet
FranchiseElle doit rester acceptable au regard du budget de la mission

En cas de doute sur l’authenticité du document, il est possible de contacter l’assureur mentionné, avec l’accord du sous-traitant, pour confirmer la validité de l’attestation. Cette vérification ne remplace pas une relation de confiance, mais elle limite le risque financier en cas de sinistre. Une fois la mission en cours, la procédure de déclaration suit les mêmes principes que pour n’importe quel sinistre professionnel. Voir notre article sur la façon de déclarer un sinistre à son assurance professionnelle.

Adapter son propre contrat RC pro à la sous-traitance

Vérifier l’assurance du sous-traitant est une première précaution. Elle ne suffit pas seule : le freelance donneur d’ordre doit aussi s’assurer que son propre contrat RC pro couvre les missions réalisées via un sous-traitant.

Un contrat RC pro standard ne prévoit pas toujours cette couverture. Certains contrats incluent une garantie de responsabilité civile du fait d’autrui, ou une clause de recours des tiers. Elle peut s’étendre aux conséquences d’une faute commise par un sous-traitant missionné par l’assuré. D’autres contrats l’excluent explicitement, ou la soumettent à des conditions particulières. Ce point mérite d’être vérifié directement avec son assureur avant de recourir régulièrement à la sous-traitance, et pas seulement lu en diagonale dans les conditions générales.

Deux réflexes contractuels complètent cette vérification :

  • Informer son assureur du recours, ponctuel ou récurrent, à des

sous-traitants. Cela évite toute contestation de garantie en cas de sinistre.

  • Prévoir une clause de sous-traitance dans le contrat signé avec le

client. Elle doit mentionner explicitement la possibilité de sous-traiter et les conditions associées. Une clause miroir dans le contrat avec le sous-traitant doit l’obliger à justifier d’une assurance RC pro valide pendant toute la mission.

Pour un panorama des garanties à examiner plus largement, notre article sur les garanties RC pro indispensables donne une vue d’ensemble utile avant de personnaliser son contrat.

Que faire en cas de sinistre causé par un sous-traitant

Un problème survient sur une mission sous-traitée : la première étape consiste à identifier qui a commis la faute à l’origine du dommage. Le freelance donneur d’ordre, le sous-traitant, ou les deux peuvent être en cause. Cette qualification détermine qui doit déclarer le sinistre à son propre assureur, et selon quelles modalités.

Conserver une trace écrite de la mission facilite cette étape. Devis, contrat, cahier des charges, échanges de mails : ces documents permettent de reconstituer précisément qui a fait quoi. En cas de désaccord entre les parties sur l’origine ou l’ampleur du dommage, une expertise contradictoire permet d’objectiver les faits avant toute indemnisation. Si le désaccord porte aussi sur la relation avec le client final, la procédure ressemble à celle d’un litige classique. Voir notre article sur la procédure à suivre en cas de litige avec un client.

Sous-traiter en toute sécurité : les bons réflexes

Sous-traiter une mission n’est pas un risque en soi. Il faut simplement formaliser la relation et vérifier les assurances en amont. Trois réflexes permettent de sécuriser cette pratique :

  1. Formaliser systématiquement la relation avec le sous-traitant par un

contrat écrit. Il doit préciser le périmètre de la mission, les délais et les responsabilités respectives.

  1. Vérifier l’attestation d’assurance RC pro du sous-traitant avant le début

de la mission, selon la checklist présentée plus haut.

  1. Informer son propre assureur du recours à la sous-traitance. Cela

garantit que son contrat RC pro couvre bien ce cas de figure.

Pour approfondir ces sujets, nos guides sur l’assurance freelance détaillent les garanties à connaître selon l’activité et le mode d’exercice.

Questions fréquentes

Un freelance doit-il obligatoirement vérifier l’assurance de son sous-traitant ?

Il n’existe pas d’obligation légale générale imposant à un freelance de vérifier l’assurance de chaque sous-traitant. C’est en revanche une précaution fortement recommandée. La raison : le principe de responsabilité en cascade fait porter la première responsabilité sur le freelance donneur d’ordre, pas sur le sous-traitant.

Que se passe-t-il si le sous-traitant n’est pas assuré et cause un dommage ?

Le client se retourne malgré tout contre le freelance donneur d’ordre, avec lequel il a un lien contractuel direct. Ce dernier reste responsable envers son client. Il devra ensuite, de son côté, engager une démarche séparée contre le sous-traitant pour tenter d’obtenir réparation. Le risque réel : ne jamais être remboursé si le sous-traitant n’a pas les moyens de l’indemniser.

Le contrat RC pro d’un freelance couvre-t-il automatiquement les fautes d’un sous-traitant ?

Non, pas automatiquement. Cela dépend des conditions générales du contrat, et de la présence ou non d’une garantie couvrant les fautes d’un sous-traitant missionné par l’assuré. Ce point doit être vérifié au cas par cas directement auprès de son assureur, idéalement avant de recourir de façon récurrente à la sous-traitance.

En résumé

Sous-traiter une mission freelance implique une responsabilité en cascade. Le freelance donneur d’ordre reste responsable envers son client de l’ensemble de la prestation, y compris de la part exécutée par un sous-traitant. Pour limiter ce risque, mieux vaut vérifier systématiquement l’attestation d’assurance RC pro du sous-traitant avant de lui confier une mission. Formaliser la relation par un contrat écrit est aussi recommandé. Enfin, vérifier avec son propre assureur que son contrat RC pro couvre bien les missions réalisées via un sous-traitant complète cette démarche. Ces trois réflexes permettent d’aborder la sous-traitance sereinement, sans mauvaise surprise en cas de sinistre.